French sustainability: discover our workshops
“Designed in France”, “Imagined in France”, no French washing, here it's real 'Made in France'. Discover our French workshops!
Et si le principal ennemi de notre énergie au quotidien n’était ni le stress, ni la charge mentale, mais un objet banal et omniprésent ? Un « tueur » silencieux qui fait plus de victimes que le tabac. Il est dans votre bureau, dans votre salle de réunion ou salle à manger, sans que l’on y prête attention : la chaise.

D’abord un objet, la chaise est aujourd’hui un catalyseur de comportements, comme expliqué dans le livre La chaise tue de Victor Fersig et Alex Dana. Ce qui est dénoncé n’est pas une hyperbole : la sédentarité est un facteur majeur de risque pour la santé, et l’aménagement des espaces de travail participe activement à ce constat, mais a tous les pouvoirs d’inverser la tendance.
Alex Dana et Victor Fersig interrogent un modèle de société. Derrière la chaise se cache une norme profondément ancrée : celle de l’immobilité prolongée comme condition « naturelle » du travail intellectuel. Une norme si intégrée qu’elle n’est presque plus questionnée, alors même que ses effets sur la santé, la concentration et l’énergie sont aujourd’hui largement documentés.
Pourtant, à l’ère du « workplace hospitality » et des espaces informels, beaucoup d'acteurs du tertiaire continuent d’aménager des lieux qui encouragent l’immobilité. Le bureau contemporain se trouve ainsi au cœur d’un paradoxe : jamais les espaces de travail n’ont été aussi soignés, confortables et esthétiques, et pourtant jamais les corps n’ont été aussi statiques. Que faire, alors, pour que le bureau (re)devienne un moteur d’énergie ?
1. Une rupture historique récente
D’un point de vue anthropologique, l’être humain est un corps en mouvement. Pendant des siècles, la marche, l’alternance des postures et l’effort léger mais continu ont structuré le quotidien. La station assise prolongée est, à l’échelle de l’histoire humaine, une « anomalie » récente.
La rupture s’opère progressivement avec la sédentarisation agricole, puis s’accélère brutalement au XIXᵉ siècle avec la révolution industrielle. Le travail se déplace vers l’usine, puis vers le bureau. Les gestes se standardisent, les corps s’immobilisent, la productivité devient mesurable dans le temps passé à un poste. La chaise devient alors un outil fonctionnel, presque disciplinaire : elle fixe le corps, libère les mains, canalise l’attention. Au XXᵉ siècle, l’essor du tertiaire consacre définitivement ce modèle. Avec le système open-space, la position assise devient la posture par défaut du travail « sérieux ». Le numérique, loin d’inverser la tendance, l’amplifie. L’écran remplace le déplacement, le clic remplace le geste, les réunions Teams suppriment le prétexte de se lever.
2. La sédentarité comme norme invisible
Ce que La chaise tue met en lumière, c’est le caractère systémique de la sédentarité. Il ne s’agit pas d’un manque de volonté individuelle, mais d’un environnement conçu pour l’immobilité. Tout concourt à rester assis : l’organisation du travail, l’aménagement, les outils numériques, les rythmes imposés… Dans ce contexte, même les injonctions au « bien-être » ou au sport atteignent vite leurs limites. Une séance de sport le soir ne compense pas huit heures d’immobilité. Le problème n’est pas l’absence de mouvement ponctuel, mais l’absence de variation de posture au fil de la journée.
Aujourd’hui, un constat :
• Plus de 9% de la mortalité prématurée dans le monde est causée par l'inactivité : ce qui représente environ 5,3 millions de morts par an causées par l'inactivité.
• Plus de 45% des Français ne pratiquent aucune activité physique
• Plus de 95% des Français ne font pas une activité physique suffisante.
• 7h24 par jour, c'est le temps moyen journalier passé assis par les Français.
1. L’hôtellification et le triomphe du confort
Depuis plusieurs années, les espaces de travail connaissent une transformation profonde. Sous l’influence de l’hôtellerie, du résidentiel et des tiers-lieux, le bureau s’adoucit. Hôtellification, work café et espaces lounge : des tendances désormais bien connues. Les matériaux deviennent chaleureux, les assises plus enveloppantes, les ambiances plus domestiques.
Cette évolution répond à une attente réelle : rendre le bureau désirable, donner envie de revenir au présentiel et offrir une expérience plus humaine. Mais elle produit aussi un effet collatéral rarement interrogé : en cherchant à recréer le confort de la maison, on importe également ses postures… et son immobilité. Canapés profonds, fauteuils enveloppants, poufs : ces objets sont pensés pour le confort statique. Ils invitent à s’installer durablement, rarement à se relever. Le mobilier devient un objet esthétique avant d’être un outil d’usage dynamique.

2. Espaces informels : pause ou immobilité déguisée ?
Les espaces informels jouent aujourd’hui un rôle central dans les bureaux. Ils favorisent les échanges spontanés, la créativité, la convivialité. Mais là encore, un glissement s’opère. La pause, censée être un moment de rupture, devient parfois une simple translation : on quitte son siège de travail… pour s’asseoir ailleurs. La posture change peu, le corps reste passif.
Ce phénomène est d’autant plus paradoxal que ces espaces sont souvent conçus comme des réponses au stress et à la fatigue. Or, sans mouvement, la récupération reste partielle. Le confort seul ne suffit pas à restaurer l’énergie.
3. Le bureau post-COVID : un paradoxe accentué
La crise sanitaire a renforcé cette tension. Le télétravail a recentré le professionnel autour d’environnements domestiques, souvent confortables, parfois improvisés, mais rarement pensés pour la mobilité. Au retour au bureau, les attentes ont évolué : plus de confort, plus de liberté, plus de sens. Le bureau est alors souhaité comme un lieu d’ancrage et un espace attractif. Mais sans réflexion sur les usages corporels, le risque est qu’il devienne une version « premium » de l’immobilité : plus belle, plus douce, mais tout aussi statique.
Si la sédentarité est en grande partie structurelle, elle trouve aussi une traduction très concrète dans le mobilier. Il devient alors un outil de régulation des comportements, capable de réintroduire de la variation, du mouvement discret et conscient dans sa journée de travail.
1. Diversifier les postures plutôt que supprimer l’assise
La clé n’est pas de diaboliser la chaise, mais de la sortir de sa position sacralisée. Le bureau assis-debout s’est alors imposé comme une réponse évidente à la sédentarité dans les espaces de travail. Pourtant, dans la pratique, son potentiel reste largement sous-utilisé. Trop souvent, il est perçu comme une option ponctuelle, plutôt qu’un outil de variation continue. L’enjeu n’est pas de travailler debout plusieurs heures, mais d’alterner régulièrement. Quelques minutes debout toutes les 30 à 45 minutes suffisent à relancer la circulation, solliciter les muscles et rompre l’inertie.
D’autres mobiliers contemporains tendent à réintroduire les positions intermédiaires :
• assises hautes ou semi-debout,
• assises dynamiques qui engagent le corps sans l’immobiliser
Ces solutions favorisent des usages courts, spontanés, et incitent naturellement à changer de position. Elles s’intègrent particulièrement bien dans des espaces de transition (zones de passage, espaces informels…) où le travail est moins linéaire.


2. Penser la circulation comme un levier actif : entre espaces et habitudes
Le mouvement ne se décrète pas, il se suggère. La manière dont les espaces sont reliés entre eux joue donc un rôle fondamental. Multiplier les points d’intérêt, éloigner volontairement certaines fonctions (imprimantes, cafétéria…) et créer des parcours lisibles incite naturellement à se déplacer.
Des courtes pauses de marche (5 min toutes les 30 minutes) atténuent plusieurs effets négatifs d’une journée assise (glycémie, pression artérielle, sensation de fatigue). Cette habitude est totalement applicable dans une journée en open-space, faisant de la circulation une composante active de l’expérience de travail.
Des réunions en mouvement sont également conseillées. Au lieu de faire un call en télétravail, entre sa cafetière et sa télévision, pourquoi ne pas le faire en marchant ? Avec un bon micro, aucun problème ! Besoin de prendre des notes pendant sa réunion ? Un bon AI note-taker prend des notes pour vous. Un excellent moyen de se focaliser consciemment sur votre interlocuteur, sans vous soucier du compte rendu.
3. Concevoir des espaces informels actifs
Les espaces lounge peuvent évoluer vers des lieux plus dynamiques : un autre levier consiste à redonner de la mobilité au mobilier lui-même. Tables légères, modules sur roulettes, assises facilement déplaçables : ces éléments permettent de reconfigurer rapidement un espace en fonction des usages. L’objectif est de pouvoir profiter d’une pause immobile tout en évitant l’enlisement.
Au-delà de la flexibilité fonctionnelle, cette mobilité introduit un micro-mouvement dans le quotidien. Ajuster une assise, recomposer un espace : autant de gestes simples qui rompent avec la passivité induite par les environnements figés. Ces dernières années, l’introduction des espaces dédiés au mouvement se multiplient dans les espaces de travail : zones d’étirement, terrasses accessibles, zones sportives… Ces intentions participent à normaliser l’idée que bouger fait partie intégrante du travail, et non une parenthèse tolérée. Cette approche rejoint les logiques de flex-office, mais avec une nuance importante : réactiver physiquement sa relation à l’espace.

La chaise tue agit comme une prise de conscience. Non pas parce que la chaise serait en soi un ennemi, aujourd’hui incontournable dans notre quotidien, mais parce qu’elle symbolise un rapport difficilement remis en question. À l’heure où les entreprises cherchent à redonner du sens au présentiel, la question du corps est primordiale. L’objectif n’est pas d’inconfortabiliser, mais d’éviter la fixation prolongée du corps.
Pour les acteurs du mobilier et de l’aménagement, repenser les espaces de travail, c’est accepter que la performance ne naisse pas de l’immobilité prolongée, mais de l’incitation au mouvement et de la possibilité de changer de posture : physique comme mentale. Le mobilier doit alors rendre le mouvement naturel et presque évident. Dans cette perspective, l’enjeu pour les acteurs n’est pas forcément de multiplier les solutions techniques, mais de proposer des environnements incitants au mouvement, où le changement de posture devient un réflexe.
Le bureau de demain d’aujourd’hui ne sera ni un espace de flux permanent, ni figé. Il sera un lieu habité, centré sur l’expérience collaborateur, avec un mobilier modulable et adaptable au fil des envies et des tendances.
