Travailler au grand air
Juste avant le grand froid, il est encore temps de profiter des espaces extérieurs !
Au cœur des villes contemporaines, la logique de l’efficacité et de la circulation domine l’aménagement des espaces publics. Gares, aéroports, centres commerciaux et grands axes urbains sont pensés avant tout pour que l’on traverse, non pour que l’on s’arrête. Cette priorité du mouvement sur l’immobilité est le fruit de transformations historiques profondes, liées à la fois à l’essor des transports modernes et à une conception fonctionnaliste de la ville centrée sur les flux et la productivité. Mais cette logique, profondément liée aux évolutions des transports et aux modèles économiques, entre en tension directe avec la mission contemporaine des bureaux : offrir des lieux alignés avec les attentes des collaborateurs (entre autres, se sentir comme à la maison). Un juste milieu doit alors être trouvé entre l’héritage historique de l’urbanisme (espaces publics, transports…) et les nouvelles tendances (hôtellification, design ludique et surcyclage…). Cette opposition entre espace de passage et espace d’arrêt ne trouve donc pas seulement un écho dans l’urbanisme, mais éclaire aussi de manière nouvelle la conception des espaces de travail.

Historiquement, les premières agglomérations se développent à l’échelle du piéton (les cités antiques, agora grecque, forum romain…) et les villes médiévales européennes font de l’espace public un lieu de rencontre, de commerce et de pause socialisée.
Au XIXᵉ siècle, l’aménagement urbain se réinvente progressivement pour mieux répondre aux flux de la révolution industrielle (augmentation des mobilités). L’urbanisme devient d’abord fonctionnaliste : il organise la ville en zones séparées (habitation, industrie, commerce), reliées par des axes de circulation pour véhicules et transports en commun, au détriment des lieux de convivialité intégrés. Cette modernité influencée par Le Corbusier dessine la ville-machine, en privilégiant séparation des fonctions et la « primauté des flux » (routes, métro) au détriment du piéton.
- À Paris, le baron Haussmann crée de vastes boulevards plantés et des parcs de proximité par son ingénieur Jean-Charles Alphand. Napoléon III note d’ailleurs que ces espaces verts ont « une influence tant sur le moral que sur le physique » des citadins.
- En 1889, l’urbaniste Camillo Sitte prône un « urbanisme artistique » : il recommande l’usage de la courbe et des points de vue pour mettre en scène la vie publique et favoriser les relations entre l’individu et le corps social.
- Ebenezer Howard imagine en 1898 la « cité-jardin », combinaison innovante ville-campagne fondée sur un fonctionnement communautaire.
Sur le plan empirique, l’arrivée puis l’extension des réseaux (train, métro, automobile) reconfigurent les polarités urbaines : gares et lieux d’échange structurent les flux, les voiries accentuent la vitesse et la traversée devient impératif.
1. L’accélération du rythme : l’impact sur les environnements de travail du XXe siècle
Face à toutes les innovations techniques, technologiques et industrielles, la prise de conscience de la qualité de vie a rapidement rebattu les cartes. Le modèle centré sur la productivité et la mobilité s’essouffle grandement ces dernières décennies. La priorité donnée au mouvement a réduit la place laissée à la pause et, parfois, introduit des dispositifs de design hostile qui dissuadent l’arrêt (dossiers divisés, assises inconfortables, dispositifs anti-couchage…)
Évidemment, l’accélération de la circulation permanente ne s’est pas limitée à l’espace public et a grandement infusé les espaces de travail. Les bureaux ont été à l’origine conçus sur le même modèle que la ville moderne : optimiser les flux, rationaliser les déplacements, standardiser les usages. Couloirs traversants, open-spaces linéaires, postes interchangeables : le bureau est devenu, lui aussi, un espace de passage plus qu’un espace d’ancrage.
Or, cette transposition pose un problème fondamental. Là où l’espace public contemporain cherche à accélérer, traverser et consommer, l’environnement de travail poursuit un objectif radicalement différent : produire de la valeur sur la durée. Créativité, concentration, coopération et engagement ne naissent pas dans la vitesse, mais dans le temps long, la disponibilité mentale et la possibilité de s’arrêter. En appliquant aux bureaux les logiques issues de l’urbanisme du flux, un paradoxe s’est donc progressivement installé : des lieux où l’on travaille, mais qui n’invitent pas à habiter et le besoin de vite retrouver son environnement domestique.

2. La rupture du COVID : l’urgence de redonner du sens aux environnements de travail
La crise sanitaire a été un moment de rupture dans l’usage des espaces publics et des environnements de travail. L’anxiété liée à la sphère publique et la nécessité du télétravail ont transformé les attentes vis-à-vis du bureau. Ces dernières années, les entreprises ont dû alors repenser l’expérience du présentiel pour attirer et retenir les équipes.
Le COVID a agi comme un révélateur brutal de ce décalage. D’un côté, des villes vidées, normées par la circulation accélérée et les flux. De l’autre, des intérieurs domestiques redevenus des lieux centraux : espaces de refuge, de concentration, mais aussi de confort et d’appropriation. Le distanciel a ainsi déplacé le centre de gravité du travail vers des espaces confortables et personnalisables.
À la sortie de la crise, une tension s’intensifie : alors même que l’espace public continue de pousser à l’accélération, l’entreprise attend du bureau qu’il produise de l’engagement, du lien et du collectif. Or, on ne ralentit pas par injonction. On ralentit parce que l’espace le permet, l’autorise, voire le suggère. Là où la ville contemporaine dissuade l’arrêt, le bureau post-COVID a dû, au contraire, le rendre désirable.
Le changement majeur : redonner aux collaborateur l’envie de venir au bureau non plus par la contrainte, mais par l’attraction (confort, sécurité, convivialité).
Ce diagnostic invite alors à repenser le design des espaces de travail : le bureau doit être relu comme un lieu de pause et d’attachement, non comme un espace de flux. C’est précisément dans cette inversion des logiques que se joue l’avenir des espaces de travail : passer d’un modèle hérité de la circulation à un modèle fondé sur l’habitation. Concevoir des bureaux non plus comme des lieux traversants, mais comme des espaces que l’on choisit d’occuper consciemment.
Une question se pose : comment donner envie aux collaborateurs de s’épanouir dans un espace de travail quand ils sont habitués à l’accélération et au passage permanent dans l’espace public ?
1. L’Hôtellification : « l’expérience maison » comme levier d’attraction des nouvelles tendances d’aménagement des bureaux
Ces 6 dernières années, l’expérience collaborateur est devenu un point central dans les projets d’aménagement. Autrefois pensé comme un levier logique mais accessoire, le bien-être des usagers est aujourd’hui une obsession avec pour objectif de redonner du sens aux projets d’aménagement.
Au sein des entreprises, ces principes se traduisent par une métamorphose des bureaux. Le concept d’hôtellification (qui emprunte les codes de l’hôtellerie de luxe) traduit cette évolution. Les environnements de travail intègrent désormais « fonctionnalité, esthétique et flexibilité », s’inspirant des lobbys et lounges d’hôtels pour offrir davantage de confort aux collaborateurs. Le bureau devient un espace global, où chaque zone a une vocation précise, permettant aux collaborateurs de choisir l’environnement adapté à leur activité et d’y vivre une véritable expérience immersive.
La diversité des espaces (cuisine, salles de réunion, co-working…) s’appuie également sur des principes de fonctionnalité traduits dans le mobilier : les bureaux assis-debout, les alcôves individuelles, phone box…
Une étude publiée dans le Journal of Environmental Psychology (2024) montre que la perception de l’environnement de travail (éclairage, bruit, mobilier, esthétique) influence très fortement le bien-être perçu et la performance au travail. Dans cette recherche, 614 travailleurs ont été interrogés et il a été démontré que le confort (incluant l’accessibilité à des espaces plaisants, des zones de pause ou des aménagements esthétiques) est un prédicteur significatif du bien-être, du sentiment de connexion et de la satisfaction globale au travail. Les auteurs indiquent que l’accès aux commodités et aux zones extérieures ou diversifiées augmente le sentiment de bien-être et l’activité physique, ce qui se traduit chez les employés par plus de motivation et une meilleure expérience de travail.
Points-clés de l’hôtellification :
• Espaces variés : zones de travail collaboratif, individuels, réunions, mais aussi salons et espaces café informels.
• Confort et esthétique : matériaux nobles et naturels, éclairage doux, végétalisation, touches design.
• Expérience immersive : codes de l’hôtellerie (accueil chaleureux, mobilier haut de gamme) pour faire du bureau un lieu où l’on se sent bien.

2. Les espaces informels et ludiques : encourager la pause
Les espaces de bien-être
Au cœur de ces transformations, les espaces de pause prennent une place capitale. On multiplie les zones informelles où les collaborateurs peuvent se détendre, échanger ou simplement s’échapper du cadre de travail conventionnel. Les études soulignent que ces lieux « hors circuit hiérarchique » facilitent le dialogue spontané et la créativité. Un coin lounge ou tisanerie invite aux rencontres imprévues, évoquant le concept de « tiers-lieux » de Ray Oldenburg : des « lieux de rassemblement public informels » intermédiaires entre la maison et le travail, cruciaux pour le lien social. Oldenburg rappelle que ces lieux servent de médiation entre l’individu et la société et renforcent le sentiment d’appartenance à un projet ou un groupe social.
On observe par ailleurs un véritable effet « coffee shop » dans les aménagements contemporains : les espaces de travail reprennent des codes issus des cafés urbains (zones confortables, sièges variés, éclairage chaleureux, atmosphère accueillante) précisément parce que ces lieux ont démontré leur capacité à combiner confort et productivité. Une observation du secteur (Office Principles) note que lorsqu’un bureau intègre des éléments inspirés des cafés, on favorise non seulement la collaboration et la créativité, mais aussi la satisfaction et le bien-être des employés, contribuant à un engagement plus fort et à une meilleure attractivité des espaces.
Le phénomène reflète d’ailleurs ce que les designers appellent le « Work Café » : un espace hybride qui n’est pas seulement un coin café, mais un lieu social au cœur de l’entreprise, combinant hospitalité, travail informel, rencontres et pauses, un véritable centre de vie du bureau qui répond aux attentes actuelles des collaborateurs et notamment de la Gen Z.

Les usages : ludique, divertissement et personnalisation
Le ludique occupe désormais une place centrale dans les nouvelles tendances des espaces de travail : baby-foot, consoles de jeux, ping-pong et autres activités permettant de s’aérer l’esprit en milieu de journée et de renforcer la cohésion entre les équipes. Certains espaces informels sont aussi vus comme des « zones bien-être » (salons de sieste, salles de yoga, salles de sport) pour varier les activités de pause. L’objectif est clair : offrir aux salariés un environnement stimulant et non scolaire, où détente et travail cohabitent.
L’appropriation personnelle des espaces est également grandement remarquée. Là où il était coutume par le passé de mettre une photo de famille sur son bureau, les collaborateurs ne viennent plus s’approprier un bureau en soi mais plutôt des routines. Le flex-office, désormais la norme dans la plupart des espaces, symbolise ce besoin d’appropriation qui s’accentue davantage vers la personnalisation de micro-environnements (jardinage partagé, accessoirisation, plantes…). La « semi-domestiquisation » des espaces s’intensifie selon la chercheuse Nadia Heddas qui note que les aménagements en flex-office reprennent les codes de la sphère privée : couleurs douces, tapis, poufs… Le mobilier doit aujourd’hui être fonctionnel, chaleureux, reposant et relaxant.
Les tendances d’hôtellification et d’espaces informels visent donc à rompre avec le modèle de bureau standard et inviter un usage plus convivial des espaces de travail. En pratique, l’ergonomie des lieux (éclairage, acoustique, confort des assises) et les usages sont pensés « comme à la maison », afin d’inciter les collaborateurs à se détendre sans culpabiliser.
Au-delà des ambiances confortables et des espaces informels, le storytelling appliqué à l’aménagement des espaces de travail joue un rôle déterminant pour donner du sens à un projet, une expérience immersive et un attachement entre le collaborateur et son espace.
1. Le design narratif : l’environnement qui raconte une histoire
Le design narratif vise à concevoir un environnement comme un univers cohérent et immersif, où chaque élément participe à l’expression des valeurs d’un espace pour engager émotionnellement ses occupants : du mobilier aux matériaux, de la lumière aux couleurs, tout devient vecteur de sens.
Dans ce cadre, un lieu n’est pas seulement vu, mais vécu. L’interaction avec l’environnement devient cohérente avec les valeurs de l’entreprise.

Notre showroom La Maison Volubilis illustre parfaitement cette approche narrative. Inspiré du livre Jeu de piste à Volubilis de Max Ducos aux éditions Sarbacane, notre espace n’est pas seulement un lieu d’exposition de notre mobilier mais aussi un véritable parcours ludique et immersif, imaginé par l’architecte Angélique Pursad et pensé pour « provoquer la curiosité ».
La narration s’impose alors comme un outil stratégique pour ancrer l’identité de l’entreprise et susciter un sentiment d’appartenance de la part des collaborateurs.
2. Illustrer les valeurs d’une entreprise par l’aménagement de bureau et l’accessoirisation
L’intégration du narratif dans un environnement de travail se manifeste de manière tangible par des éléments symboliques :
- Les finitions du mobilier (couleurs, matériaux…)
- L’accessoirisation (bibelots, décorations, petits mobiliers…)
- La végétalisation
Mais cette dimension narrative ne se contente pas d’habiller l’espace de manière esthétique : elle permet de structurer un récit utilitaire, cohérent avec l’identité de l’entreprise, et de créer une connexion émotionnelle durable entre les utilisateurs et leur environnement. Dans des contextes hybrides ou post-pandémie, où les collaborateurs jonglent entre télétravail et présentiel, un espace immersif et qui incarne les valeurs profondes de l’entreprise réduit la friction d’entrée et intensifie l’appropriation du lieu.
Aujourd’hui, ces valeurs doivent être liées à des engagements concrets, notamment environnementaux. La manière dont un espace est conçu, aménagé et meublé devient alors un acte stratégique, révélateur des choix de l’entreprise en matière d’impact carbone, de durabilité et de responsabilité. C’est dans cette continuité que s’inscrit le mobilier responsable, comme une réponse cohérente et indispensable pour prolonger le récit des espaces de travail vers des pratiques plus vertueuses et alignées avec les enjeux environnementaux contemporains.
Si le storytelling confère sens et légitimité à un projet, il doit désormais se traduire en actes concrets. Raconter ses valeurs ne suffit plus, elles se reflètent surtout par l’identité d’un lieu et son aménagement. C’est ici que le réemploi, le surcyclage et l’écoconception deviennent des prolongements indispensables du storytelling. Non pas des « gadgets RSE », mais des leviers opérationnels pour réduire l’empreinte carbone réelle d’un espace.
Réduire l’impact environnemental de son projet d’aménagement repose sur trois principes concrets : préserver l’existant, prolonger la durée d’usage, et concevoir pour la réutilisation.
En pratique, cela signifie prolonger le cycle de vie d’un mobilier, par le réemploi et la remise à neuf plutôt que l’achat systématique de mobilier neuf. En somme, concevoir des éléments démontables, séparables et modulaires, et choisir des matériaux réparables et éco-conçus. Ces choix valorisent un lieu en réduisant les émissions associées à la production de nouveaux biens et à la destruction de l’ancien mobilier (chaque année 250 000 tonnes de mobiliers de bureau sont jetées en France).
1. Le surcyclage (upcycling) : transformer l’existant en valeur ajoutée
Dans un espace de travail, nous parlons de « gisements » : ce vieux caisson métal abandonné, cette armoire métallique amochée… Ils encombrent un espace alors qu’ils pourraient enrichir son aménagement.
Le surcyclage consiste à donner une seconde vie à des éléments existants pour leur conférer de nouvelles fonctionnalités et plus d’esthétisme. Au-delà de la dimension créative de ce procédé, le surcyclage préserve l’énergie déjà investie dans la fabrication initiale et réduit la production de nouvelles matières premières, traduisant une réduction d’impact environnemental mesurable et traçable.
L’offre hexagreen par hexagone illustre ce principe : conserver et revaloriser l’existant (mobiliers, matériaux) pour composer des ambiances sur-mesure et réduire l’impact environnemental de votre projet – Découvrir notre solution de surcyclage
2. Quand les actions concrètes renforcent la marque employeur et la fidélisation des talents
Les collaborateurs, en particulier les jeunes générations, ne se contentent plus de discours ou de promesses : ils attendent des engagements visibles, incarnés et cohérents avec les valeurs défendues par leur organisation.
Un espace de travail qui raconte une histoire, puis qui la matérialise à travers des choix responsables (surcyclage du mobilier, écoconception ou encore réemploi) renforce le sentiment d’appartenance et la fierté d’usage. Le bureau devient alors un support tangible de la culture d’entreprise, un lieu où les valeurs ne sont pas seulement communiquées, mais vécues au quotidien.
Le réemploi et le surcyclage prolongent ainsi le storytelling d’un espace et les valeurs de marque, donnent de la crédibilité aux engagements RSE et participent pleinement à l’expérience collaborateur. Les entreprises transforment ainsi leurs locaux en véritables outils d’attraction et de fidélisation des talents,
À l’heure où les villes accélèrent toujours davantage, le bureau apparaît comme l’un des rares espaces, en plus du domestique, capables de proposer un contre-rythme. Là où l’espace public contemporain privilégie la circulation, la performance et le passage, l’espace de travail a désormais la responsabilité inverse : offrir des lieux d’arrêt, d’ancrage et de sens. Cette inversion des logiques n’est ni anecdotique ni esthétique, elle traduit une transformation profonde de notre rapport au travail, au collectif et à son environnement.
Repenser le bureau comme un lieu que l’on habite (et non que l’on traverse) suppose d’agir à plusieurs niveaux : concevoir des environnements chaleureux et informels, déconnecter les principes d’usages vieillissants des open-space, raconter une histoire cohérente à travers des choix de mobiliers et d’aménagements responsables.
Dans ce contexte, le surcyclage et le réemploi ne sont plus seulement des réponses techniques mais incarnent aussi des marqueurs culturels crédibles : une manière de penser l’espace de travail comme un écosystème durable et évolutif, capable de connecter les collaborateurs avec les valeurs de l’entreprise.
Face à une ville en mouvement permanent, le bureau de demain s’impose ainsi comme un espace expérientiel et engagé. Un lieu où l’on choisit de s’arrêter, non par obligation, mais parce qu’il fait sens. En outre : se sentir bien, comme à la maison.
Nous vous accueillerons avec plaisir à La Maison Volubilis, autour d’un café, pour en discuter. Prenez rendez-vous ici.